Conseil National de la Résistance, 74 ème anniversaire

mai 27, 2017 dans A la une, A vos côtés, Non classé par Catherine Baratti-Elbaz

Retrouvez ici mon discours de la cérémonie du 74e anniversaire du Conseil National de la Résistance-4e Journée Nationale de la Résistance

 

Monsieur le Président du Comité d’Entente des Associations d’anciens combattants du 12e arrondissement,

Monsieur le Vice-président National de l’Union Française des Associations de Combattants et de Victimes de Guerre,

Mesdames et Messieurs les anciens résistants,

Mesdames et Messieurs les membres des associations d’anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

 

Il y a  74 ans jour pour jour ‑ le 27 mai 1943 ‑ au cœur de Paris  encore occupée, les membres fondateurs du Conseil National de la Résistance se réunissent pour la première fois sous la présidence de Jean MOULIN au 48, rue du Four dans le 6ème arrondissement. Une telle réunion, à ce moment là, au cœur d’une Capitale où l’occupant nazi faisait régner sa loi, relevait avant tout de l’héroïsme et constituait un vrai défi.

Au-delà du caractère symbolique de cette date pour l’ensemble des mouvements de résistance de l’époque, c’est l’importance de cette création qu’il nous faut mesurer aujourd’hui.

A l’occasion de cette 4e journée nationale de la résistance, il nous faut rendre hommage à toutes les formes de résistance qu’a connu notre pays sous le Régime de Vichy et lors de l’occupation.

En effet, à côté des gens en arme, des courageux maquisards, il y eut aussi une désobéissance civile, une résistance, qui pour être passive, n’en fût pas moins efficace et déterminante pour la survie de certains comme pour la victoire finale.

Je pense notamment aux Justes de France, ces milliers de  héros de l’ombre, qui ont risqué leurs vies pour sauver celles des Juifs de France. Cette résistance de proximité fut la réponse aux scènes terrifiantes de familles entières piégées notamment par la collaboration des autorités françaises.

La genèse de la Résistance est aussi une addition de révoltes individuelles d’hommes et de femmes ordinaires qui se révèlent des héros face aux épreuves.

Le 12e arrondissement a la chance de pouvoir compter parmi ses résidents, deux de ces hommes à qui je souhaite rendre particulièrement hommage, M. Langevin et M. Weiller.

Deux hommes qui ont servi notre pays au risque de leur vie et rendent aujourd’hui encore service à la Nation en témoignant inlassablement. Ils se sont battus au-delà de leur propre vie pour la liberté du peuple français.

Les raisons de l’engagement étaient multiples et les horizons politiques très différents.  « Tout les séparait sauf l’essentiel », comme le disait Jacques Chaban-Delmas. C’était la même cause pour laquelle tous se battaient. Pourtant ils étaient tous différents ces Résistants de l’ombre.

Très tôt le général de Gaulle compris le besoin absolu d’unifier les mouvements de résistance sur le sol français et les coordonner avec les forces françaises libres de Londres et d’ailleurs. Seule condition pour permettre à la France de participer à la défaite des armées hitlériennes et de s’asseoir à la table des vainqueurs.

L’hostilité des Américains vis-à-vis du Général de Gaulle exigeait cette union afin de renforcer son autorité et sa légitimité vis-à-vis des Alliés en rendant sa représentativité incontestable.

Les mouvements représentés au CNR étaient d’importance inégale, ils n’avaient pas mené les mêmes combats, ils n’avaient pas les mêmes méthodes, n’agissaient pas sur les mêmes territoires. Ils représentaient un spectre aussi large que possible de l’action politique du pays, partis politiques mais aussi syndicalistes. Mais sans fédération et avec peu de moyens, leurs actions restaient limitées et, à cette époque, personne n’avait de relations avec Londres.  L’opposition entre, d’un côté les forces civiles et militaires qui étaient à Londres et d’un autre la Résistance intérieure est forte.

Dès le 19 juin, le Général est très clair : « Moi, général de Gaulle (…) j’ai conscience de parler au nom de la France ». D’une phrase, tout était dit. Dès le premier jour, il fixe une doctrine de la Libération et donne au mouvement de la « France Libre » des objectifs précis : rassembler la Nation dans la Résistance ; participer à la guerre aux côtés des Alliés pour être présent à la victoire ; libérer la France ; pour enfin redonner la parole au peuple français.

La prétention du Général de contrôler la Résistance fut ressentie comme une injustice par certains, pire comme une usurpation.

Mais le choix était simple : Obéir au Général en devenant les auxiliaires de la France Libre, avec en contrepartie la puissance d’un financement et d’un armement ; ou refuser en restant dispersés, sans voix et sans armes. C’est la, tout « le  mérite de Jean Moulin d’avoir soumis des insoumis » reconnait Daniel Cordier, secrétaire particulier de Jean Moulin.

 

Car Londres ce n’était pas seulement le général de Gaulle, c’était aussi l’argent, les armes et les services. Moulin va ouvrir cette voie à tous les mouvements de résistance et ils vont alors accepter de se structurer.

Avec l’appel du 18 juin 1940, le jeune Général de Gaulle se positionne comme « la boussole » de la Résistance et peu à peu, ne représentera non plus seulement le fantasme de la France Libre mais la République. C’est la République, qui rassembla tous ces hommes.

Jean Moulin, Préfet, représentant et garant de notre république, et le général De Gaulle, militaire et gardien de nos institutions, tous deux en rupture avec le gouvernement de Vichy étaient animés par la même force de conviction.

La création du Conseil national de la Résistance est un évènement majeur de notre histoire nationale. Avant sa création, il y avait des résistants. Avec sa naissance, il y eut la Résistance ; la Résistance française.

« La Résistance … Elle a eu ses hauts et ses bas, ses erreurs et ses grandeurs, ses défaillances et ses triomphes, mais elle fut et il fallait qu’elle fût, unie et indivisible comme la France qu’elle représentait » disait  De Gaulle.

Cette exigence d’unité a mené à la victoire. Sans leur sacrifice, que serait-il advenu de notre pays ?

C’est à eux que nous devons la naissance de la  France Nouvelle : une réforme des institutions, un nouveau modèle social et économique.

Notre France n’aurait pu voir le jour sans ces milliers de héros ordinaires dont les noms ne sont pas restés gravés dans la mémoire collective, pourtant ils sont morts pour la République.

Ces personnages ont rendu sa grandeur à la France dans une ère hantée par le deuil. L’héritage du Conseil National de la Résistance, ce sont leurs valeurs, ce sont leurs témoignages, mais leur héritage, s’exprime également par le programme politique qui a vu le jour il y a 73 ans.

Ce programme si merveilleusement intitulé : les Jours Heureux. Un programme dont les valeurs d’échange, de partage et de solidarité ont transformé le paysage français et ont donné naissance à notre modèle social, unique au monde.

Si nous sommes des héritiers, ceux d’un passé, d’une histoire commune ‑ dont la Résistance est un acte majeur ‑ nous sommes toutes et tous, aussi, des « passeurs », ceux qui transmettent, aux générations futures, le sens du combat des Résistants et les valeurs qui l’ont sous-tendu : le souci constant de la Justice, de la solidarité notamment entre les générations ou encore entre les plus forts et plus fragiles à travers par exemple la sécurité sociale.

Le programme National de la Résistance a inspiré de nombreuses grandes réformes notamment dans le domaine du droit social : l’émergence d’un droit au travail, la naissance du comité d’entreprise, la déclaration d’un niveau de salaire minimum. Une grande partie de ces principes sont devenus des Lois de la République. Elles ne seront jamais fondamentalement remises en cause, jusqu’à aujourd’hui.

Les valeurs inscrites dans le Préambule de la Constitution de 1946 sont directement inspirés du programme du Conseil National de la Résistance. Le modèle social français en est issu et nous le devons à ces hommes et à ces femmes.

Le droit de vote des femmes viendra également après la Victoire comme l’annonçait le Général De Gaulle dès le 23 juin 1942. Ce fût une véritable révolution que certains combattraient et tenteraient de remettre en cause.

Alors nous devons nous montrer dignes de cet héritage en innovant certes mais tout en protégeant ce modèle social si précieux. Nous devons nous montrer à la hauteur de ce patrimoine en continuant à lutter pour la liberté et la justice, à lutter contre l’extrémisme, le totalitarisme et toute forme d’obscurantisme.

C’est pourquoi nous rendrons très prochainement hommage à deux êtres exceptionnels, deux personnages d’exception, qui ont voué leur existence à ces combats. Dans notre arrondissement, Porte de Charenton seront honorés Lise et Artur London, cette place portera leur nom.

Lise London disait : «Ouvrez grands les yeux, ne vous laissez pas enfermer dans les certitudes, n’hésitez pas à douter, battez-vous contre les injustices, ne laissez pas la perversion salir vos idéaux. Soyez vous-mêmes.»

Le combat pour la liberté et la justice doit continuer à être mené avec une grande vigilance car ces combats ne sont jamais gagnés d’avance. Les acquis du conseil National de la Résistance sont fragiles. En mémoire de ces Résistants défendons les !

Je vous remercie.